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COVID-19 : COMMENT LES ENFANTS ET LES ADOLESCENTS ONT VÉCU LE CONFINEMENT

La vie reprend peu à peu son cours après près de deux mois de confinement. Longue période qui a vu notre quotidien, et celui de nos enfants et adolescents, complètement bouleversé et qui n’a pas été sans laisser des traces certes économiques, mais également sur la santé mentale et physique. On commence à en mesurer l’impact. Si les enfants et adolescents, auxquels nous nous intéresserons ici, n’ont globalement pas trop mal géré cette période, une partie d’entre eux ont présenté des troubles importants. Éclairage.

Troubles du sommeil ou de l’alimentation, troubles du comportement, conflits familiaux, phobie scolaire… On commence à mesurer l’impact sur la santé mentale et physique du confinement chez les enfants et les adolescents, notamment dans les services de psychiatrie. La sidération et la peur panique d’être infecté par le virus en allant à l’hôpital passées, l’activité des services de pédopsychiatrie a commencé à reprendre et recevoir, vers la mi-avril, « des patients avec des troubles anxieux, alimentaires ou dépressifs, voire des automutilations » alerte le Pr Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Robert Debré (AP-HP) et coordonnateur du Centre d’excellence pour les troubles du neuro-développement (InovAND), dans un entretien accordé au quotidien Le Monde(1). Il y livre ses inquiétudes des conséquences de la crise sanitaire causée par le Covid-19 sur la santé mentale des enfants qui n’a, selon lui, pas suffisamment été prise en compte. « Dans beaucoup de cas, ces symptômes surviennent chez des enfants et adolescents sans antécédents psychiatriques ». Et de pointer : « Dans la situation actuelle, le risque suicidaire n’est pas négligeable chez les jeunes ».

 

 

 

« Dans la situation actuelle, le risque suicidaire n’est pas négligeable

chez les jeunes ».

©DR

Partout dans le monde où il y a eu quarantaine, la santé mentale en a pris un coup… « Avec cette pandémie, continue le Pr Delorme, les spécialistes de la santé mentale ont fait le même constat dans tous les pays : le confinement est une situation à risques avec des retentissements sur le plan psychologique et psychiatrique, mais aussi une exacerbation des violences intrafamiliales. Tout cela entraîne probablement chez les enfants beaucoup plus de morbidité, voire de morts, que le virus lui-même »(2).

« Tout le monde s’est retrouvé face à des incertitudes anxiogènes, avec un impact sur la santé physique et psychique clairement identifié », souligne de son côté le pédopsychiatre Mario Speranza, chef du service de psychiatrie de l’enfance et de l’adolescence au centre hospitalier de Versailles interviewé par France Info(3). Les équipes soignantes ont « constaté des phénomènes de stress aigu associés à des pertes de repères. Et de façon très variable, selon le contexte familial ou les diverses pathologies déjà présentes ».

Au-delà du versant purement psychiatrique, il est un fait indéniable qu’il y a un avant et un après confinement. Confinement qui a vu le quotidien « totalement bouleversé avec la suspension de la vie ordinaire et l’isolement imposé, l’inquiétude de situations économiques catastrophiques pour certains ménages, le désarroi d’être enfermé dans son appartement avec des enfants impatients », expliquent Hélène Romano, psychologue et le Dr Catherine Salinier, pédiatre, dans un document destiné aux parents(4). Ainsi, « les enfants sont inévitablement touchés par ce contexte non seulement parce que leur rythme de vie est suspendu, mais surtout parce qu’ils perçoivent l’inquiétude des parents ». Les enfants sont très sensibles à nos émotions.

Cela rejoint tout à fait ce que Mario Speranza souligne : « quand les parents sont fragilisés, les enfants le sont davantage ».

Le confinement a été vécu différemment selon les âges et les situations économiques.

©DR

Un confinement vécu différemment selon les âges

Les spécialistes de la petite enfance ont constaté chez les enfants âgés de 3 à 5 ans des phénomènes de régression avec un retour en arrière concernant le langage, la propreté, conjugué « à une attitude de proximité très importante avec les parents, un peu plus exigeante, pleurnicharde », explique Mario Speranza. L’enfant refait le bébé, redemande le biberon, « colle » plus aux parents…  « C’est comme si tous les stades de début d’autonomisation avaient été un peu ralentis ». Cette stratégie d’attachement est activée par les enfants dans des situations de stress. Les parents ayant été, dans cette situation exceptionnelle, plus enclins à faire des exceptions, cela a d’autant plus « débordé »… Les spécialistes ont également constaté « des colères, une sorte d’intolérance aux frustrations, et surtout des troubles du sommeil, en raison du changement du rythme de vie ».

D’où l’importance pour les parents de conserver un rythme de vie et de garder les repères indispensables que sont le lever, les repas et le coucher à heure fixe.

Les équipes soignantes ont noté quelques somatisations chez les enfants âgés de 6 à 12 ans : stress, maux de tête, maux de ventre… « Des manifestations un peu inhabituelles », souligne Mario Speranza. Ainsi que des troubles du sommeil - se répercutant de fait sur  les rythmes d’appétit - amplifiés par l’utilisation peu contrôlée des écrans. « L’utilisation des écrans peut entraîner un décalage complet du cycle, avec des difficultés de récupération, un sommeil de moins bonne qualité et donc des difficultés de mémorisation ».

Les contraintes inhabituelles liées au confinement ont également généré une augmentation de l’irritabilité chez certains enfants. Un phénomène amplifié chez ceux qui présentaient déjà des troubles du comportement. « L’absence de cadre et de rythme, le contexte imprévisible, de multiples distractions au domicile et l’absence du renforcement social venu de l’école… » : un ensemble détonant qui ne pouvait que fragiliser ces enfants et « donner lieu à une augmentation des comportements de prostration, d’opposition, notamment au travail scolaire ».

Chez les adolescents, qui se sont généralement bien pliés aux règles, il a été constaté « quelques somatisations, des difficultés de sommeil ». Et aussi, étonnement, « un repli sur l’environnement familial qui n’était pas forcément prévisible ». Ce, bien entendu, dans les familles où il y avait peu de conflits.

À l’inverse, quand les conflits étaient déjà importants, la proximité a généré pour certains une amplification des conflits, voire de la violence. « L’inquiétude la plus importante qu’on a eue, et que l’on continue à avoir, c’est l’augmentation des violences intrafamiliales », confie Mario Speranza. « Il y a eu une augmentation des signalements pour violences dans un deuxième temps. Est-ce lié au fait qu’au bout d’un certain temps, les conditions ont commencé à devenir de plus en plus difficiles ? Ou est-ce la phase de déconfinement qui fait que les parents sont un peu plus perdus sans les contraintes à imposer ? ». Que peut-on interdire ou non ? Jusque-là c’était clairement la situation sanitaire qui imposait le confinement, avec une notion de geste altruiste : s’enfermer pour aider, protéger les personnes âgées.  « Désormais, ça devient plus confus, et peut-être qu’une partie des conflits commencent à apparaître à cause de ça ».

©DR

Faut-il craindre des effets à long terme de ce confinement ?

Une partie des enfants et adolescents ont manifesté des troubles importants, mais il a été constaté qu’ ils n’ont globalement pas trop mal géré cette période. « Après, savoir si même bien géré le confinement aura un effet plus tard ? Difficile à dire », pointe Mario Speranza.

Les équipes de pédopsychiatrie ont plusieurs inquiétudes.

Le stress post-traumatique. Certaines situations peuvent être à l’origine d’un état de stress post-traumatique chez les enfants confrontés à une vraie souffrance familiale comme un deuil, par exemple, chez les parents ou les grands-parents, avec l’inquiétude parfois d’être à l’origine de la maladie.

Des personnes n’ont pas pu accompagner leur  proche décédé à l’hôpital, le toucher, lui dire au revoir : une expérience très douloureuse qui n’a pas pu être partagée et peut susciter du stress post-traumatique aussi chez les adultes que chez les enfants qui sont autour.

Absence de rites sociaux. Selon Mario Speranza, « un autre phénomène auquel on risque d’assister dans les semaines et les mois à venir, c’est l’absence de certains rites sociaux. Par exemple, le passage du CM2 à la 6e, le brevet ou le Bac. Le non-retour à l’école, pour ceux qui changent de cycle, correspond à la perte d’un repère, d’un lieu investi pendant des années (…) Ce sont des événements, des rites sociaux qui, tout en étant inquiétants, sont très utiles pour structurer le fonctionnement des adolescents ». Ainsi, l’absence de ces rites sociaux « peut participer à la perte de repères et favoriser l’émergence d’une certaine anxiété ».

Crainte des autres. Une autre inquiétude est celle de voir certains enfants transformer ce qui s’est passé en une crainte des autres, de la relation sociale. Or, ce sont ces liens avec les autres qui nous ont le plus protégés pendant cette période difficile. « Ceux qui ont le moins de risques de faire un stress post-traumatique sont ceux qui ont gardé des liens multiples : cartes postales, appels téléphoniques, visioconférences, conversations WhatsApp… ».

Une augmentation des phobies scolaires. C’est ce que redoutent les équipes de pédopsychiatrie chez les enfants ayant déjà une anxiété à l’école (en raison de harcèlement, difficultés d’apprentissage, difficultés dans la relation sociale…) et pour lesquels cette période de confinement fait que le retour à l’école est encore plus difficile à faire.

 

En conclusion, la santé psychique et physique continue à mériter toute l’attention : celle des spécialistes de l’enfance et de l’adolescence certes, mais également la nôtre, parents, pour accompagner au mieux le retour à la normale, dans tous les sens du terme.

Notes

(1) –Coronavirus : « Je suis inquiet de la persistance d’un stress chronique chez ls enfants », Le Monde, 5 mai 2020

 

(2) - Lire à cette occasion la publication du Lancet sur l’impact psychologique de la quarantaine,  passant en revue 24 études sur le sujet :

Samantha K. Brooks et al.The psychological impact of quarantine and how to reduce it : rapid review of the evidence. The Lancet, 4 mars 2020

 

(3) – « Quand les parents sont fragilisés, les enfants le sont davantage » : quelles conséquences le confinement a-t-il pour les plus jeunes », 3 juin 2020, France TV Info.

 

(4) – Parler du coronavirus aux enfants, soutenir leurs peurs, les aider dans le confinement, Hélène Romano et Dr Catherine Salinier

Bibliographie utile en cas de reconfinement 

 

Confinement et adolescence, Société Française pour la Santé des Adolescents, SFPA, 15 avril 2020

Trucs et astuces pour un confinement moins difficile à l’adolescence pendant la pandémie au Covid-19 section de médecine de l’adolescence, Olivier Jamoulle, pédiatre et Louis Picard, psychologue, CHU Sainte-Justine, Montréal Canada, 26 mars 2020

Conseils aux pédiatres, Association Française de Pédiatrie Ambulatoire, AFPA, Flash info presse, 19 mars 2020

Comment aider votre enfant anxieux face au coronavirus, Dr Coline Stordeur, Dr Alexandre Hubert, Pr Richard Delorme, pédopsychiatres et Marina Dumas, psychologue, Hôpital Robert Debré

Coronavirus : « Ce n’est pas le confinement qui embête les adolescents, c’est le confinement à proximité des parents », Cécile Chambraud, Le Monde, 19 mars 2020

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